Problématique économique de l’investissement à Madagascar.

Il convient de saluer la nouvelle loi sur les investissements à Madagascar qui est au cœur du précédent numéro de cette revue. En effet, pour un pays qui se veut être un réceptacle crédible des investissements tant nationaux qu’internationaux, la moindre des choses est d’adopter et de faire savoir les règles du jeu ainsi que les différentes procédures relatives à l’implantation d’activités économiques.

Mieux vaut tard que jamais

La loi sur les investissements à Madagascar est un serpent de mer. Attendue, souhaitée et préparée depuis des décennies, elle est finalisée à un moment de grands bouleversements du contexte économique et financier mondial. Cet environnement, pénalisant pour d’autres, n’est pas si défavorable à la Grande Ile, si tant est que celle-ci soit capable d’en saisir les plus-values latentes.

Il n’y a pas de doute, la crise des subprime américains a secoué les places boursières occidentales et déséquilibré les comptes des plus importants acteurs bancaires mondiaux. Force est cependant de reconnaître que ce n’est pas la première fois que la planète finance est traversée par de telles turbulences. Les crises financières se suivent et ne se ressemblent pas toujours[1]. C’est une question de cycle plus ou moins long. Prenons le cas de ces dix dernières années comme exemple : 1997, crise asiatique ; 1998, crise de la dette russe ; 2000-2001, explosion de la bulle internet ; aujourd’hui, explosion de la bulle des crédits immobiliers américains… en attendant la prochaine secousse qui sera provoquée, au choix, par les crédits à la consommation toujours américains, les financements à levier d’entreprise, le dégonflement de la spéculation sur les marchés boursiers chinois ou la crise des matières premières. Les sources de tension ne manquent pas ; c’est le propre d’un système dérégulé et irrégulable. Toutefois, … sous le pavé, la plage… autrement dit, derrière ce chaos apparent, un nouvel ordre se dessine et un changement quantitatif et qualitatif s’opère.

Il n’est pas défavorable aux pays en voie de développement pour peu que ceux-ci se positionnent pour en tirer profit. En effet, la masse des capitaux disponible n’a jamais été aussi abondante. Des transferts massifs de ressources financières se sont opérés ces dernières années en faveur des pays émergents et, notamment, des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) devenus les bassins de production industrielle de la planète. La flambée des prix du pétrole et des cours de matières premières a aussi considérablement enrichi les pays qui exportent ces produits très demandés sur les marchés. Les capacités d’investissement ont dès lors changé de camp. Les liquidités sont entre les mains de nouveaux acteurs. Les pourvoyeurs traditionnels (Europe et Etats-Unis) sont exsangues à cause des multiples ramifications de la crise des financements immobiliers américains et se débattent dans les difficultés de liquidité et le risque de stagflation. Symptomatique et symbolique, même les organisations financières multilatérales comme le FMI sont en plein ajustement structurel[2]. Du fait d’un déficit prévisible de 400 millions de dollars, le FMI doit goûter lui-même la potion qu’il administre souvent aux Etats fragiles et sans ressources. Une réduction d’effectifs de 15% est prévue, notamment parmi les managers du Fonds, pour équilibrer les comptes.

Le tête-à-tête exclusif des pays en voie de développement avec les Nations, les entreprises et les institutions occidentales n’est plus de mise. La vieille vision marxiste-léniniste dominée par un manichéisme de base attribuant l’origine des capitaux aux puissances impérialistes occidentales et la destination des investissements aux pays en voie de développement exploités et pillés n’a plus cours. L’origine des capitaux est devenue multipolaire. Les sources de financement se diversifient. Elles vont des investisseurs industriels chinois et indiens aux fonds souverains des pays pétroliers (pays du Golfe, Norvège) ou des Etats à fort excédents commerciaux (Singapour, Chine), en passant par des hedge funds[3] et des fonds de private equity[4] montés par des financiers et des banques d’investissement cherchant à repousser les frontières de l’investissable. C’est cela aussi le charme discret de la globalisation.

Le contexte mondial n’est donc pas défavorable. Cependant, les pays candidats à l’accueil des investissements gagnent à faire valoir leurs atouts et à déployer leur attractivité. On ne passera pas en revue tous les déterminants possibles et imaginables des investissements. Des recensements en sont faits régulièrement, statistiques à l’appui, par des organismes internationaux spécialisés, par exemple par la CNUCED dans le cadre de sa publication annuelle sur les investissements dans le monde[5]. Ces inventaires des bonnes pratiques sont assortis de conseils judicieux en matière de politique économique et de mise en place de structures, jusqu’à constituer même des boîtes à outils ou des vademecum du parfait petit pays d’accueil des investissements. Une loi sur les investissements fait toujours partie de la panoplie, d’où la pertinence des dispositions récemment prises par Madagascar.

Sortir des profondeurs du classement

Madagascar, en dépit d’un potentiel sempiternellement mis en avant, reconnu et rappelé[6], a toujours souffert du flou, de l’instabilité, de l’incohérence et d’une application approximative, voire douteuse, de ses normes institutionnelles et réglementaires, en particulier en matière de droit des affaires.

Dans son rapport Doing Business 2008 [7], la Banque Mondiale, qui analyse l’existant sur la période avril 2006 à juin 2007, classe Madagascar au 149è rang sur 178 pays en termes de lieu où on a envie de faire des affaires et d’investir. Comores et Haïti sont classés respectivement 147è et 148è… et le Zimbabwe 152è ! Comparaisons peu flatteuses mais reflétant une réalité certaine si l’on en croit le plus gros bailleur de fonds du pays.

Le mauvais positionnement de Madagascar dans la hiérarchie des pays investissables ne tient pas a priori aux difficultés à démarrer une activité (la Grande Ile est au 61è rang mondial dans cet indicateur). Il relève plus des embarras, notamment, pour obtenir des autorisations d’exploitation (139è rang mondial), pour enregistrer une propriété (165è) ou pour appliquer les contrats (151è position).

Le critère principal de ce classement de la Banque Mondiale étant une évaluation de l’environnement légal et réglementaire de l’investissement et des affaires, on ne peut, par conséquent, que se réjouir de cette nouvelle loi sur les investissements qui se veut être une remise en ordre et un effort pour améliorer la situation à Madagascar.

Il se peut aussi que l’entrée en vigueur de cette nouvelle législation améliore l’évaluation des agences de rating sur le risque Madagascar. A ce stade, deux organismes internationaux, Standard & Poor’s [8] et COFACE[9], notent Madagascar. Le premier porte sur la signature de l’Etat (risque souverain) alors que le second est relatif aux entreprises.

La notation S&P’s fait suite à une initiative du PNUD[10] lancé en 2002 et visant, par le développement des notations des pays africains, à une plus grande transparence financière et un accès favorisé aux marchés des capitaux internationaux. En 2007, pour la première fois, Madagascar a bénéficié des largesses du PNUD [11] et a pu être noté. Petite notation, il est vrai, puisqu’il s’agit d’un B, la note la plus faible, mais on sait que du point de vue des investisseurs internationaux il vaut mieux être mal noté que pas noté du tout[12].

Quant à la notation COFACE, Madagascar est classé C tant en risques-pays qu’en termes de notation de l’environnement des affaires. Avant dernière dans l’ordre croissant du risque sur une échelle de sept niveaux, la notation C pour les risques-pays signifie généralement que « les perspectives économiques et politiques très incertaines et un environnement des affaires comportant de nombreuses lacunes sont de nature à détériorer sensiblement le comportement de paiement. La probabilité moyenne de défaut des entreprises est élevée »[13]. La notation de l’environnement des affaires, pour laquelle Madagascar arbore aussi un C, « a pour objet d’évaluer la qualité globale de l’environnement des affaires dans un pays. Elle mesure plus précisément si les comptes des entreprises sont fiables et disponibles, si le système juridique assure une protection équitable et efficace des créanciers et si l’environnement institutionnel et réglementaire est favorable aux transactions interentreprises »7.

Voilà donc inventoriés par les plus grandes agences les griefs adressés par les investisseurs à l’endroit de Madagascar. Encore une fois, la nouvelle loi sur les investissements devrait pouvoir prévenir certaines insuffisances.

Mais il ne faut pas se tromper. Un texte de loi seul, bien qu’indispensable, ne fera pas des miracles pour l’attractivité économique d’un pays. Celle-ci, à l’instar de la croissance et du développement, ne se légifère ni ne se décrète. Elle relève d’une problématique plus complexe, la même que celle analysée, en son temps, par Adam Smith [14] ou récemment par des auteurs comme David Landes [15]. Car en définitive de l’attractivité d’un territoire, pour les locaux et pour les étrangers, dépendent la richesse et la pauvreté des Nations.

Que faut-il en complément pour qu’un code des investissements comme celui que Madagascar vient de publier puisse amplifier ses effets et porter les fruits souhaités ?

Il n’est pas question de tout lister et passer en revue dans le cadre de cette contribution (car l’inventaire sera long et pénible). On essaiera simplement d’insister sur des points qui semblent incontournables et différentiant. Car la contrepartie de l’ouverture à la globalisation c’est la concurrence[16]. L’abondance des capitaux sur le plan mondial ne signifie pas une canalisation automatique vers tel ou tel pays d’accueil. Chaque pays doit déployer ses meilleurs atouts pour attirer sur son territoire les investisseurs les plus intéressants. Dans les commentaires qui suivent nous relèverons ce qui nous paraît indispensable à Madagascar

2 réponses à “Problématique économique de l’investissement à Madagascar.

  1. Bonjour à tous,
    D’abord félicitation pour l’impartialité et l’objectivité de vos analyses. J’ai pris un réel plaisir à vous lire, car je souhaite dans un avenir proche investir à Madagascar dans un hôtel restaurant haut de gamme à Nosy-Be. Dans ce projet d’investissement, j’engage l’avenir de mes enfants et celui de mon épouse. C’est donc un investissement financier non négligeable pour un particulier mais aussi et surtout celui d’un investissement personnel à un engagement d’une vie pour un changement de vie, surtout pour l’avenir des miens que j’engage pour cette « aventure »

    Etant originaire de Madagascar de nationalité française, la question est de savoir si mes origines malgaches, vis à vis de la législation malgache, pourraient-elles me faire bénéficier d’une clémence pour devenir, lors d’une éventuelle acquisition, un vrai propriétaire du bien acquis ou un simple locataire des lieux?

    Je sollicite tous vos conseils aussi bien sur l’ensemble de mon projet, le lieu, que sur la période opportune dans laquelle je dois placer celui-ci, si tant est qu’il pourrait-être viable.

    Pourrai-je obtenir, la nationalité malgache en plus de la mienne?

    Mes enfants ou mon épouse pourront-ils être mes vrais héritiers ou l’état malgache aura t-il une ou toute partie de l’héritage?

    Bien cordialement
    Mandrapiaona he

    1. Bonjour à tous!
      Je voudrais remercier infiniment l’auteur de cette publication que je considère,me semble-t-il,porteur de vision assez fidèle à la réalité de l’environnement d’investissement à Madagascar.Je pense que,ce genre de réflexion comme celle-ci, contribue à l’amélioration de climat d’investissement à Madagascar.Cependant, j’aimerai insister sur votre cadre d’analyse à propos des règles juridiques légales et règlementaires qui devraient règlementer normalement l’investissement,mais considérées comme problématique fondamentale,donc lacunes.Ces lacunes entrainent donc, d’après vous; la mauvaise notation de Madagascar par les investisseurs en matière d’accueil d’investissement.
      En effet, je voudrais poser une ou trois question.D’abord, elle consiste à savoir,est ce que la loi sur les investissement ne doit pas être sensé de protéger largement l’intérêt de Madagascar que celui des investisseurs? D’où,es qu’il fallait que les investisseurs apportent des lois convenables à eux pour investir chez nous afin qu’ils puissent sentir satisfait d’y investir? Madagascar est impressionné par tous de sa richesse,de sa potentialité,de son exceptionnelle,de son attractivité, etc;même les investisseurs et bailleurs, pourquoi alors parler les problèmes d’attractivité.Enfin, ce que je veux dire c’est qu’il faut bien choisir qui sont les bons investisseurs qui pourraient servir notre intérêt et favorables à notre intérêt. Je vous remercie.
      Cordialement!
      ANDRIANATOLOTRO W.

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